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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)18

voire éventuellement de reconnaître ses minorités nationales. Aussi, plutôt que de favoriser une vision renouvelée de la citoyenneté, l'État canadien reconduit-il une image surannée de la citoyenneté canadienne.

Qu'on en juge. Dans un document récent du ministère du Patrimoine canadien (Canada, 1995b) diffusé sur Internet, on trouve une présentation éloquente des armoiries du Canada, celles-là même qui apparaissent entre autres sur les passeports, les propriétés, les publications et les documents officiels du gouvernement canadien. Les armoiries, peut-on lire dans ce document, reflètent « le besoin d'une marque d'identité [et jouent] un rôle essentiel dans la conservation des traditions et l'inspiration de l'amour de la patrie » (Canada, 1995, p. 20). Or, la symbolique mémorielle sur laquelle s'appuient les armoiries canadiennes renvoie exclusivement au passé colonial du pays : les trois léopards d'or et la rose symbolisent l'Angleterre, le lion et le chardon, l'Écosse, la harpe d'or et le trèfle, l'Irlande, les fleurs de lis, la France royaliste 4. Dominique Schnapper a noté le rôle important de la symbolique identitaire dont le but, semble-t-il, est de « maintenir le sens de la communauté, d'entretenir le sentiment d'appartenance au collectif et la croyance dans la singularité et la grandeur des valeurs nationales » (Schnapper, 1995, p. 138). À cet égard, l'absence de référence aux autres groupes nationaux ou culturels qui pourtant constituent aussi le Canada est on ne peut plus éloquente 5.

4 Indirect Rule oblige, dans le cas de la France. L'Indirect Rule était un mode de gestion largement pratiqué au sein des colonies de la Couronne britannique. Ce mode de gestion permet le contrôle des populations conquises par le biais d'intermédiaires locaux associés au pouvoir (Bariteau, 1998 : 14 ; voir également Baker, 1983) et la concession de symboles.

5 Omission bénigne, arguera-t-on, produit d'un autre temps où la sensibilité à la diversité culturelle et nationale du pays n'était pas aussi aiguisée que maintenant ? Pourtant, le document du ministère du Patrimoine canadien nous apprend que les armoiries du pays font régulièrement l'objet de révisions de style, de forme et de contenu ; la dernière en date remonte tout juste à 1994. L’absence, encore aujourd'hui, des nations autochtones et d'éléments témoignant de la diversité contemporaine liée à l'immigration dans la symbolique identitaire officielle témoigne d'un imaginaire social et civique irrémédiablement enraciné dans le passé colonial du Commonwealth.

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