X hits on this document

162 views

0 shares

0 downloads

0 comments

19 / 50

M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)19

Certes, les armoiries ne font pas nécessairement foi des orientations gouvernementales en matière d'affirmation de la citoyenneté et toute l'analyse de la question ne saurait s'en tenir qu'à cet élément. Reste tout de même, alors que l'État canadien n'a de cesse de proclamer son adhésion à une vision multiculturelle du pays, que cet attachement à une symbolique qui ne reflète plus la réalité sociologique du Canada, étonne. A vrai dire, malgré les célébrations officielles du caractère diversifié de la société canadienne, malgré une Charte de droits et des politiques qui consacrent l'expression de la différence individuelle et ouvrent théoriquement la porte à une reconfiguration symbolique profonde, l'ambiguïté de l'État canadien à l'égard du sens et du contenu qu'il accole à la citoyenneté prend ici tout son relief L'adéquation qui s'est établie entre multiculturalisme et citoyenneté depuis le début des années 1990 travaille en définitive à désamorcer le caractère potentiellement disjonctif de la diversité nationale et de la diversité culturelle. Celle-ci est une réalité avec laquelle l'État est bien obligé de composer. Mais c'est en procédant à une revalorisation de l'identité commune qu'il le fait, l'objectif ultime étant d'abord d'assurer à tout prix la cohésion sociale du Canada en dépit de la diversité culturelle et nationale. Il y a instrumentalisation de la diversité profonde pour forger une vision unitaire du pays. Ceci explique en partie les débats sur la révision de la Loi sur la citoyenneté, au cours desquels la primauté de l'allégeance au Canada a été considérée comme fondamentale 6.

6 Le libellé du nouveau serment d'allégeance est le suivant : « Dorénavant je promets fidélité et allégeance au Canada et à sa Majesté Elizabeth Deux, Reine du Canada. Je m'engage à respecter les droits et les libertés de notre pays, à défendre nos valeurs démocratiques, à observer fidèlement nos lois et à remplir mes devoirs et obligations de citoyen(ne) canadien(ne) » Canada, 1998b, p. 9. Aux yeux de la ministre responsable de la citoyenneté et de l'immigration, cette formulation répond à la fois aux propositions du Comité permanent de la citoyenneté et l'immigration qui, dès 1994, militait pour l'inclusion de la loyauté envers le Canada et le respect des lois dans le serment et aux « voeux » exprimes par les Canadiens d'avoir un serment, « qui reflète les valeurs contemporaines et qui exprime clairement la loyauté envers le Canada » (Canada, 1998b).

Document info
Document views162
Page views162
Page last viewedFri Dec 09 13:34:50 UTC 2016
Pages50
Paragraphs320
Words15273

Comments