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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)28

l'immigration, n'est pas une « citoyenneté de convenance » ; tout devrait être mis en œuvre, recommandent ses signataires, pour éviter la double citoyenneté et, quand ce n'est pas possible, pour s'assurer que les détenteurs de la double citoyenneté accordent préséance à la citoyenneté canadienne (Canada, 1994c, pp. 16-17).

Deux facteurs ont fait apparaître avec une insistance accrue le lien entre citoyenneté et responsabilité dans le discours étatique : la menace sécessionniste venant du Québec, qui se précise à la veille du référendum de 1995, et l'impression populaire que bon nombre d'immigrants abusent de la citoyenneté canadienne et du multiculturalisme, suite aux consultations faites par le gouvernement canadien. En mettant l'accent sur les responsabilités qu'implique l'obtention de la citoyenneté canadienne, il s'agit pour l'État de bien faire comprendre que celle-ci comporte une exigence fondamentale à laquelle tous doivent se conformer : contribuer au maintien de l'unité du pays et à l'affirmation de son intégrité politique. Pouvoir se dire Canadien signifie que l'on est d'abord imputable et loyal à la société et à l'État canadiens.

Adhérer à la souveraineté du Québec devrait donc impliquer qu'il faille renoncer aux avantages de la citoyenneté canadienne, une perspective qui, espère-t-on dans les cercles gouvernementaux fédéraux, refroidira les ardeurs souverainistes de plusieurs Québécois. Il en va de même de certains immigrants qui, selon un sentiment populaire que l'État ne semble pas récuser, jouiraient de la citoyenneté canadienne comme d'un simple avantage commode qui leur permet de voyager plus librement à travers le monde, facilite leurs transactions commerciales internationales ou leur sert soit de police d'assurance à utiliser plus tard tout en continuant de vivre ailleurs, soit d'immunité contre les soubresauts de la vie politique de leur pays d'origine à laquelle ils continuent de participer tout en demeurant au Canada.

Au-delà des préoccupations politiques immédiates qui animent le discours de la responsabilité à l'égard de la citoyenneté, celui-ci s'inscrit dans un corpus idéologique plus large et porté par le credo néolibéral qui plane sur l'ensemble des politiques à connotation sociale de l'État canadien depuis une dizaine d'années. Il en est de la citoyenneté comme de tous les autres domaines de politique publique

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