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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)36

spécifiques à la jouissance pleine et équitable de la citoyenneté 13.

Officiellement, le discours étatique ne préconisera jamais que l'immigrant ou le minoritaire se fonde entièrement, dans la société canadienne, au prix de son identité propre. Affichant un humanisme de bon aloi, l'État canadien se défend bien de vouloir assimiler quiconque ou d'encourager quelque forme de discrimination que ce soit et il s'est prémuni de lois prouvant, à cet effet, sa bonne volonté. Dans les faits, l'État et les groupes sociaux dominants s'attendent à ce que les minorités ethniques et nationales s'imprègnent de la citoyenneté canadienne sans protester.

Sommé de repenser les conditions d'incorporation et d'appartenance à la société canadienne, l'État n'a pas cherché jusqu'à maintenant à ajuster la citoyenneté aux exigences des revendications qui s'expriment. Il tente plutôt d'assurer la pérennité d'une certaine vision de la société canadienne, des rapports sociaux qui la marquent et des vecteurs culturels qui la traversent.

Cette tendance à reconduire et à fortifier des paramètres d'interaction sociale traditionnels ou anciens est commune à toutes les sociétés occidentales. Ainsi, alors que les politiques américaines d'immigration ne cessent de se durcir, des tentatives de contrôle accru autour de l'acquisition de la citoyenneté américaine et du

13 Cela se manifeste entre autres dans l'extrême réticence de l'État à modifier, ne serait-ce que partiellement, ses grandes structures institutionnelles et administratives, à décentraliser ses pouvoirs et à accroître les compétences des paliers inférieurs ou locaux de gouvernement (Bariteau, 1998 ; McRoberts, 1997 ; Rocher, 1992 et 1997 ; Rocher et Salée, 1992 ; Rocher et Rouillard, 1996). L'idée de société distincte pour le Québec, le concept de droit inhérent à l'autodétermination pour les Premières nations, ou encore la notion de fédéralisme asymétrique pour satisfaire les volontés d'autonomie locale font encore l'objet de vives oppositions, tant à l'intérieur des cercles gouvernementaux qu'au sein de la population (Dion, 1994 ; Smith, 1995) - oppositions généralement justifiées par le recours au principe de l'égalité formelle. Pourtant, quand on y regarde bien, il ne s'agit que de formules mitoyennes et largement symboliques qui pourraient calmer les revendications particularistes des groupes minoritaires les plus menaçants pour l'intégrité de l'État canadien, et qui, en dernier ressort, n'en modifieraient que marginalement la configuration institutionnelle globale (Webber, 1993).

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