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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)37

serment d'allégeance ne cessent de se manifester (Pickus, 1997). La dynamique politique et les stratégies identitaires qui accaparent avec une intensité accrue l'espace politique canadien depuis une dizaine d'années, on le sait, n'ont de cesse d'interpeller les manières convenues d'être (ou de ne pas être) Canadien. Or, les crises constitutionnelles successives qui, continuellement, mettent à mal l'identité canadienne sont en fait la manifestation d'une crise plus profonde de légitimité de la canadianité, telle que définie par la majorité et par les groupes dominants de diverses origines qui investissent l'État canadien. Cette crise de légitimité procède des critiques adressées aux formulateurs de la canadianité par tous ces groupes généralement minoritaires qui ne se retrouvent pas dans l'image politique et culturelle du Canada qu'on leur demande d'endosser. Parce que ces critiques remettent en question des rapports sociaux et une logique d'interaction sociale qui avantagent les formulateurs de la canadianité, parce qu'elles menacent leur position favorable dans l'équilibre des forces sociales, elles aiguillonnent et mettent ces derniers sur la défensive. Les exemples de politiques et de rhétorique étatiques examinés plus haut ne constituent en définitive rien de moins qu'une parade contre la menace supposée que ces critiques représentent aux yeux de l'État canadien et des groupes sociaux dominants.

La citoyenneté canadienne est présentement l'enjeu d'un bras-de-fer continu portant sur le sens et le contenu du vivre ensemble au Canada, entre, d'une part, les individus et les groupes minoritaires qui réclament que l'aménagement de la sphère publique reflète plus fidèlement leurs préoccupations économiques, politiques et identitaires et leur permette de jouir plus équitablement des ressources disponibles, et, d'autre part, tous ceux qui bénéficient d'une position de force dans la dynamique du pouvoir social, mais qui se sentent assaillis et ennuyés de ce que l'image qu'ils se font du Canada - image dans laquelle ils figurent en bonne place - soit prise à partie. En clair, le procès actuel de redéfinition de la citoyenneté canadienne participe essentiellement d'une dynamique complexe et multiforme qui s'actualise à la fois dans la quête politique des souverainistes québécois, dans les revendications socio-économiques des groupes racisés à travers tout le pays, dans les demandes d'autonomie gouvernementale des nations autochtones, et enfin, dans l'inquiétude de la majorité, déconcertée de voir la vision traditionnelle du Canada,

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