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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)38

celle par laquelle elle définit sa propre identité, subir les assauts potentiellement destructifs de mouvements politiques et identitaires vraisemblablement braqués contre les canons de la canadianité.

Ce rapport de force autour de la citoyenneté canadienne ne doit pas étonner. D'abord parce que, contrairement à ce qu'une vision légaliste de la citoyenneté peut laisser croire, celle-ci n'est pas immuable ou fixée à jamais dans des conventions juridiques. La citoyenneté se construit dans la tourmente des relations d'antagonisme qu'entretiennent nécessairement des individus ou groupes partageant un espace public commun. L'histoire de la citoyenneté se nourrit des tensions continuelles entre divers groupes sociaux pour déterminer les critères, normes et conditions d'existence et de participation des individus au sein de la Cité. Il s'agit d'une histoire, tissée dans un chassé-croisé de mouvements d'exclusion et de contre-mouvements d'inclusion, sur l'écheveau de manifestations unilatérales de pouvoir et de résistance. Les paramètres de la citoyenneté sont intimement liés à la dynamique des rapports sociaux et des rapports de pouvoir propres à chaque société.

Ce bras-de-fer n'a rien d'inattendu non plus si l'on considère que la citoyenneté, nous l'avons déjà noté, connote généralement une certaine idée du vivre ensemble, une certaine idée du lien social qui unit les individus partageant un espace public commun. La citoyenneté évoque une communauté politique bien délimitée dans le temps et dans l'espace, avec ses normes, ses valeurs et ses manières particulières de régler les différents rapports qu'entretiennent entre eux les membres de cette communauté. La citoyenneté suppose aussi un État avec ses frontières : frontières aux contours géopolitiques tangibles, mais également frontières symboliques forgées à même un magma d'a priori normatifs et idéologiques dont la connaissance intime est surtout réservée à ceux et celles qui peuvent se réclamer d'une appartenance légitime à la communauté politique. La citoyenneté prend donc d'abord appui sur la clôture sociale (Brubaker, 1992) ; elle se veut une façon déterminée de gérer la diversité. Elle s'offre en fait aux communautés politiques dûment constituées comme un moyen de sélection et de discrimination, comme un rempart contre un ailleurs dont l'influence pourrait pervertir le sens et les fondements établis du vivre ensemble. Le Canada ne fait pas exception à cet égard.

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