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Inventaire du 21e siècle - page 102 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).102

publiques, cependant que la compétition internationale a creusé le déficit commercial du pays, si bien que sa balance des paiements courants ne s'équilibre qu'au prix d'emprunts énormes et sans cesse croissants: de l'ordre de 2 milliards de $ par jour ouvrable, en juin 2005, et ce n'est pas fini. Tout pays qui connaîtrait de tels déséquilibres serait d'ores et déjà réduit à la mendicité auprès du FMI, mais les États-Unis peuvent vivre durablement à crédit. En effet, leurs bourses sont alimentées par un tel afflux de capitaux internes et étrangers que les firmes américaines peuvent y collecter tout ce dont elles ont besoin, sans être gênées par un État qui emprunte massivement. Leur prééminence monétaire et boursière est déconnectée de leurs performances marchandes et de leurs équilibres économiques intérieurs, parce que Washington contrôle le FMI, la Banque Mondiale 91, surveille toutes les banques publiques de développement, tandis qu'à New-York les banques - qui fournissent au FMI les gros wagons de ses trains de "sauvetage" - et les bourses - qui pompent la meilleure partie des capitaux en quête d'emploi de par le monde - servent par priorité implicite les besoins de leur État. Au reste, les Américains savent d'expérience que leurs emprunts massifs pourraient être allégés - en réponse à une crise ouverte ou par les soins d'une nouvelle majorité politique –e siècle, mais probablement pas au cours de ses deux premières décennies.

Le FMI émet un pronostic plus pessimiste à court et moyen terme, puisqu'il estime qu'avec l'actuelle dynamique d'endettement des États-Unis, une crise ne peut être écartée 92. Cela tient, me semble-t-il au fait que sa hantise de la crise systémique se nourrit de l'étude du seul système financier, alors que la nature politique de cette crise potentielle oblige à considérer tous les aspects du système mondial. Pour aller droit à l'essentiel, j'observe que le financement du déficit des opérations courantes des États- Unis qui était, naguère encore, compensé par les investissements directs venus de l'étranger (FDI) s'est modifié depuis 2001. Ces investissements se sont taris, jusqu'à devenir négatifs durant le premier semestre 2004, si bien que le déficit américain a été comblé principalement par la vente d'obligations émises par le Trésor américain et souscrites par des États étrangers, aux premiers rangs desquels le Japon et la Chine. Sur cette lancée, le risque de crise est désormais logé entre l'État américain qui doit emprunter et d'autres États qui décident s'ils prêtent ou non. Une logique politique a remplacé la "loi du marché". Je doute que le Japon qui s'emploie à relâcher la tutelle que les États-Unis exercent sur lui depuis 1945 et la Chine qui considère les États-Unis comme le premier débouché de ses exportations - et qui commence même à acquérir des firmes américaines, de l'informatique et du pétrole, notamment - aient l'un ou l'autre envie de provoquer une crise américaine. Il en va de même pour les autres États créanciers des États-Unis.

91 Quels que soient les politesses diplomatiques qui réservent à un Européen la direction formelle du FMI et les marges de manoeuvre que les statuts des deux institutions pourraient donner à la multitude des autres États actionnaires.

92 FMI, Surveillance, (p.1): "clash can nevertheless not be dismissed".

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