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Inventaire du 21e siècle - page 112 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).112

par ce qui sourd des plus confidentielles d'entre elles. L'observation des stratégies esquissées pour leur compte propre par les principales puissances non-américaines, qu'elles soient ou non alliées ou dépendantes des États-Unis nous renseigne davantage sur ceux-ci.

La Russie dont l'empire et le gros de l'armée se sont effondrés ne nous éclaire que par ce qu'elle préserve: ses capacités nucléaires, son aviation de pointe, ses missiles et son savoir-faire en matière spatiale. La Russie veut redevenir une puissance, même s'il lui faudra beaucoup de temps pour reconstruire son économie et son moral. Dans l'intervalle, elle mène un jeu défensif dans presque toute l'ex-URSS, de l'Ukraine qu'elle tente de retenir en lui vendant gaz et pétrole à des prix très inférieurs aux cours mondiaux, à la Géorgie qu'elle ne se résigne pas à perdre, non pour ses richesses propres, mais pour garder le contrôle du nouvel oléoduc américain qui contourne la zone d'influence russe par son débouché turc. En effet, le commerce du pétrole et celui des armes sophistiquées sont ses principaux arguments de négociation, notamment avec l'Europe, l'Inde et la Chine. En outre, une alliance semble se nouer avec cette dernière, pour contenir la percée américaine en Asie centrale et pour esquisser, par des manœuvres communes, une coopération militaire en Sibérie orientale, c'est-à-dire en bordure de la zone nord-est asiatique qui a chance d'être pour plusieurs décennies l'épicentre des tensions asiatiques.

Pour sa part, la Chine accroît sa vigilance, voire ses pressions, sur tout son pourtour, en jouant pleinement de ses capacités croissantes, mais en évitant, semble-t-il, de porter ombrage à ses voisins. La seule exception manifeste est le cas de Taïwan, province jadis conquise par le Japon et naguère abri des armées défaites de Tchang Kaï-Chek, qui est depuis devenue une puissance économique considérable et un régime politique plus évolué que celui de la Chine continentale. L'appartenance de Taïwan (ex-Formose) à la République Populaire de Chine, expressément reconnue par Kissinger et Nixon, fut la condition centrale de l'accord que recherchaient alors les États-Unis, pour se dépêtrer du Vietnam et contenir la Russie, mais depuis 1975, les États-Unis n'ont eu de cesse de contourner cet accord, sans le dénoncer formellement. La Chine joue pleinement de cet embarras américain, y compris à l'égard du Japon. En effet, outre les contacts substantiels déjà notés avec le sud-est asiatique et avec toutes les Indes (y compris le Pakistan, pour autant qu'il s'émancipe quelque peu des États- Unis), le Japon et ses voisins sont au centre des préoccupations stratégiques chinoises: écarter le Japon de Taïwan, protéger la Corée du nord des pressions américaines, pour autant qu'elle continue de se moderniser à la chinoise, favoriser le rapprochement des deux Corées tout en veillant à ce que leur unité n'en fasse pas un allié ou un dépendant des États-Unis; tels semblent être les axes principaux d'une stratégie qui s'efforce d'entraîner toute cette zone, Japon compris, dans le tourbillon d'une croissance chinoise qui est, certes, substantielle par ses dimensions, mais néanmoins tardive, tant les "petits dragons" du nord-est ont pris d'élan, après l'essor pionnier du Japon. Ce dernier présente au total une allure paisible, mais sur laquelle on ne peut tabler

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