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Inventaire du 21e siècle - page 113 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).113

durablement. Depuis bon nombre d'années le Japon s'emploie à allonger la laisse que les États-Unis lui ont passée en 1945, les derniers exemples en date étant l'envoi d'un contingent dans la coalition qui a envahi l'Irak et, surtout, l'inclusion à la demande expresse des États-Unis, du détroit de Taïwan dans l'espace stratégique du Japon. Mais il n'est pas douteux que ces petits pas attestent d'une volonté persistante du Japon de reprendre un jour son entière liberté d'action. Le carrefour décisif sera sans doute atteint quand l'actuel dispositif nucléaire sera remis en cause dans la région, j'y reviendrai.

Les États-Unis vivent ces évolutions avec une inquiétude qu'accroissent les complexités et les ruses des diplomaties asiatiques, notamment celles des deux Corées. La Chine a conquis le pilotage des négociations de cette zone, autour des "risques d'armement nucléaire" de la Corée du nord 104 mais elle ne fait pas usage de son aide (réelle ou supposée) à ladite Corée pour lui imposer un accord, ce qui éveille la méfiance américaine, tandis que la traîtrise de la Corée du sud envers la puissance qui la sauva de l'invasion "chinoise" en 1950 et favorisa son essor économique ultérieur leur paraît incompréhensible. D'autant que cette traîtrise pourrait être contagieuse, dans le cas du Japon.

En effet, ce pays qui tarde à retrouver son élan des décennies 1950 à 1990 donne quelques inquiétudes. Il n'est certes pas travaillé par une démocratisation politique comme celle qui progresse vaille que vaille en Corée du sud, mais le carcan libéral-démocrate mis en place à Tokyo depuis 1950 s'use visiblement, si bien que la démocratie pourrait finir par rompre ses digues. Le casse-tête asiatique pourrait déboucher sur une évolution à l'européenne, le Japon s'émancipant comme l'ont fait l'Allemagne et les puissances ex-ennemies de toute la région, en forgeant des liens coopératifs à l'instar de la France et de l'Allemagne, devenues (pour un temps?) le bimoteur de l'Europe unie, tant il est vrai que le Japon d'une part et les Corées de l'autres ne sont pas plus des ennemis héréditaires que l'étaient ces deux pays-là. Heureusement, il y a la Chine, si démesurément vaste et si anciennement prépondérante que son intervention dans de nouvelles coopérations est-asiatiques est une hypothèse qui n'inquiète pas encore les États-Unis. Toujours est-il que ceux-ci étudient (été 2005) la possibilité de transporter l'état-major qui dirige leurs forces stationnées en Corée du sud et au Japon, depuis les États-Unis où il se trouve encore vers le Japon lui-même, nonobstant les difficultés qu'oppose à un tel mouvement la "constitution pacifiste" jadis imposée au Japon par l'occupant américain. Quant à l'idée de former une sorte d'OTAN asiatique pour englober Japon, Chine, États-Unis et d'autres pays dans une alliance pérenne et pacifiante, idée que Singapour professe de temps à autre, il faudrait, pour la prendre au sérieux, croire que les États-Unis dupliqueront volontiers l'actuel OTAN européen et que les trois puissances principales de la région abandonneront leurs arrière-pensées nucléaires 105.

104 On retrouvera cet aspect plus loin.

105 Que l'on examinera plus loin.

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