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Inventaire du 21e siècle - page 116 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).116

franche pacification. Elles ont échoué dans les régions où il ne subsistait plus guère d'État organisé, comme ce fut le cas, de la Somalie à l'immense Congo ou au petit Liberia. Elles ont été trop vite interrompues quand Américains et Européens ont tiré à hue et à dia, mais elles ont brillamment réussi quand elles ont concerné des États déjà associés dans une même alliance (comme l'OTAN, pour ce qui est de la Grèce et de la Turquie).

On ne peut guère ranger les coopérations entre États qui se sont quelque peu renforcées depuis les attentats de septembre 2001, parmi les ingérences anti-guerres, car la croisade contre le terrorisme initiée par les États-Unis n'est pas une guerre entre États, ni même une guerre "civile". 108 Pour s'attaquer au terrorisme djihadiste, il faut disposer non pas d'une armée, mais bien d'une gendarmerie (constabulary force) mêlant un peu de travail militaire à beaucoup de présence et de recherche policières et à une forte dose d'espionnage, le tout s'attaquant à une force non-territorialisée, quels que soient ses sites occasionnels. Le chaos que provoquent certaines guerres tient notamment aux contresens de la "guerre antiterroriste" qui s'empare de champs de bataille imaginaires et les convertit fort involontairement en camps d'entraînement pour des brigadistes que toute offensive sérieuse exporte vers de nouvelles cibles. La démonstration déjà amorcée en Afghanistan après 1985, puis en Bosnie après 1992 a été poursuivie jusqu'aux confins albanais par une Administration Bush qui rêve de l'étaler davantage, en s'attaquant à la Corée du nord et à l'Iran - autres larrons (supposés) de "l'axe du mal"- avant de s'en prendre aux "bastions de la tyrannie" mis au ban en 2005 (Biélorussie, Birmanie et Zimbabwe, ajoutés aux deux larrons précités et à l'inusable Cuba, cible de toutes les Administrations américaines depuis 1958). Mais la sauvage futilité des guerres bushiennes, jointe au surmenage des forces américaines et à la quasi-disparition des alliées enrôlables pour les aider interrompront sans doute cette démonstration, sans déblayer le chaos déjà produit.

Le contrôle des ventes d'armes, la prohibition de certaines d'entre elles (gaz de combat, armes chimiques ou biologiques, etc.), le filtrage 109 des livraisons industrielles d'équipements sophistiqués permettant d'assembler ou de fabriquer des armements de destruction massive et des missiles aptes à les véhiculer et la promulgation d'embargos divers par l'ONU ou par certains États sont souvent tenus pour des moyens pertinents de blocage des États belliqueux. Mais cette voie est presque toujours une impasse. Elle gêne les États visés, les oblige à des ruses

108 Il est d'usage de distinguer les guerres internationales (entre États isolés ou coalisés) des guerres "civiles" qui se livrent au sein d'un État, mais cette symétrie formelle masque la variété des conflits intra-étatiques aux divers stades de cristallisation des États, depuis la pulvérulence tribale en voie d'éventuelle agrégation, jusqu'au fractionnement et même à la déliquescence d'États ayant atteint, naguère ou jadis, un certain degré de coalescence.

109 Pendant la guerre froide, une Agence internationale nommée COCOM, nichée dans l'OCDE, vérifiait tout le commerce "sensible" avec l'URSS et ses alliés. Il semble que diverses séquelles de cette institution lui aient survécu pour surveiller le commerce avec l'Iran, la Corée du nord et d'autres États visés par le Pentagone. Si elle n'est pas déjà prise en compte, la Chine pourrait être ciblée de la sorte, encore que son appartenance à l'Organisation Mondiale du Commerce puisse gêner une telle visée.

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