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Inventaire du 21e siècle - page 118 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).118

ailleurs de ses apaisants bénéfices.

Après qu'Hiroshima eût démontré, en 1945, l'efficacité de l'armement nucléaire, l'histoire de celui-ci a été une longue suite d'hypocrisies, à peine entrecoupée par quelques épisodes de bonne volonté parfois riche de naïvetés. Sans délai, les vainqueurs de 1945 s'employèrent à rattraper les États-Unis. L'URSS y parvint la première et entra dès le début de la guerre froide. La Grande-Bretagne réussit peu après, avec une aide hésitante des États- Unis. La France à qui de Gaulle racontait qu'elle était l'un des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale rejoignit avec retard, mais à marches forcées, le club des puissances nucléaires. La pause qui suivit sembla valider la distinction entre le nucléaire militaire - dont les Américains bannissaient l'usage dans la Constitution qu'ils rédigèrent pour le Japon - et le nucléaire civil, abondante source d'énergie et domaine ouvert à de nouvelles recherches scientifiques qui bénéficieraient principalement à la santé: telle était du moins la philosophie de la loi Atoms for Peace qu'Eisenhower fit voter dès 1953. La propagande soviétique faisait chorus à ce propos. Après de longues discussions, une Agence Internationale pour l'Énergie Atomique (AIEA) fut établie par traité international, pour promouvoir et contrôler l'énergie nucléaire. Les adhésions des États, collectées à partir de 1968, furent assez nombreuses pour que l'AIEA entre en fonction dès 1970. En 2000, on comptait 188 pays adhérents, dont les cinq États officiellement dotés d'armes nucléaires. 115 Cuba et Timor sont les derniers venus à l'AIEA. Quant à Israël, à l'Inde et au Pakistan ils n'y figurent pas, alors que ces trois pays disposent d'armes nucléaires - et même de longue date pour ce qui est d'Israël.

La liste des sournoiseries atomiques s'est allongée d'autant. Elle a débuté après 1953, quand les États-Unis vendirent ou prêtèrent de l'uranium enrichi à 43 pays, dont l'Iran et le Pakistan, avant d'adopter en 1996 un programme de récupération (Recovery Program) en vertu duquel ils récupérèrent seulement 1/6 des matériaux ainsi exportés. L'URSS eut des générosités analogues. Après avoir prêté un concours discret à Israël, la France qui se construisait une filière nucléaire aussi complète que possible associa l'Iran à son onéreuse entreprise d'enrichissement de l'uranium, l'Iran que les hausses pétrolières de 1973-75 avaient enrichi et qui était devenu le fidèle allié des États-Unis. Elle créa ensuite une usine de retraitement des déchets nucléaires qui fit commerce de son savoir-faire au bénéfice, notamment, de l'Allemagne et du Japon et devint, ce faisant, l'un des principaux exportateurs de centrales nucléaires. Cependant, les États-Unis, parfois assisté par le Commonwealth britannique pour des essais non-officiels, en de lointains déserts, aidèrent Israël - désormais brouillé avec la France gaulliste - à mettre au point son arsenal nucléaire "clandestin". Obligés de certifier chaque année, devant le Congrès, l'honnêteté nucléaire des États bénéficiant de l'aide américaine, la Maison Blanche sut ne pas voir comment le Pakistan s'armait, jusqu'à ce qu'en décembre 2003, la vente d'accessoires nucléaires pakistanais ait

115 La Chine ayant rejoint le peloton initial, si bien que tous les actuels membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU siègent aussi à l'AIEA.

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