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Inventaire du 21e siècle - page 119 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).119

pris une telle ampleur qu'elle rendit cette cécité intenable. Pourtant, le Pakistan, allié de longue date des États-Unis ne fut nullement blâmé lorsqu'il fit exploser publiquement sa première bombe nucléaire, en réponse aux essais plus anciens de l'Inde. 116 Quant à ce dernier pays, il expliqua son refus d'obéir à l'AIEA - et d'adhérer au traité de Non-prolifération Nucléaire signé en 1968 - par le fait que les États-Unis et les autres puissances officiellement dotées d'armements nucléaires qui s'étaient engagées à détruire progressivement leur propre arsenal atomique, n'obtempéraient que dans la mesure où cela était exigé par les traités qui sanctionnaient la dissuasion réciproque, ce qui est très loin d'un désarmement nucléaire, fût-il progressif. 117

Cette histoire ambiguë se poursuit présentement par de nouvelles péripéties qui donnent à penser que la liste des puissances effectivement équipées d'armes nucléaires ne se limitera pas aux huit détenteurs actuels. La Corée du nord qui s'est retirée de l'AIEA en 2003 et l'Iran qui hésite (en août 2005) entre l'assouplissement des contrôles de celle-ci et leur rejet pur et simple seront peut-être les prochains entrants dans ce club de moins en moins restreint. Encore faut-il bien comprendre ce qui se joue à travers les pressions - plus américaines qu'européennes ou japonaises - dont ces deux pays font l'objet. Tous deux plaident pour le plein développement de leur capacité de production d'électricité grâce aux centrales les plus performantes. La marche vers l'après-pétrole qui est bien engagée à l'échelle mondiale rend cette prétention vraisemblable. En tout cas, elle annonce l'installation de centrales nucléaires nouvelles en de multiples pays, ce qui alourdira les difficultés dues aux ambiguïtés des traités dont l'AIEA.est l'exécutant. Par ailleurs, l'évolution des techniques rend de plus en plus ténue la frontière entre le nucléaire civil le plus performant et la production de matière fissile requise par l'armement nucléaire. Les États-Unis ajoutent à cette difficulté par plusieurs démarches ambiguës: ils se préparent à produire de nouvelles armes atomiques miniaturisées (à usage "tactique") ou renforcées (pour détruire les bunkers profondément enfouis); ils mettent en fabrication de nouvelles formes d'uranium enrichi "à des fins médicales" ou en vue d'exportation vers les centrales électriques; ils proposent également de substituer aux destructions prévues pour les prochaines étapes de réduction de leur arsenal nucléaire (parallèlement à celui de la Russie) un stockage contrôlé d'engins qui ne seraient plus détruits, mais cesseraient d'être "ciblés", etc. Bref, ils se comportent plus que jamais comme s'ils étaient un pilote de la politique nucléaire mondiale dont les actions et les intentions seraient, par définition, au dessus de tout soupçon. De par le monde, peu d'États sont prêts à la foi aveugle que cette attitude implique.

116 La guerre d'Irak et la croisade anti-terroriste ont valorisé le Pakistan cet allié qui avait déjà fort bien soutenu les guérillas afghanes après l'invasion soviétique de 1982, dussent les Taliban, puis Al Quaïda en profiter également.

117 Les réductions opérées de concert par les États-Unis et l'URSS avant et après 1991 ont été déterminées uniquement pour mettre fin à leur guerre froide.

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