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Inventaire du 21e siècle - page 120 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).120

D'autant que bien d'autres États seront tentés d'accéder au nucléaire militaire au cours des prochaines décennies. Dès 1955, un pays aussi paisible que la Suède se déclarait en mesure de fabriquer une arme nucléaire et cinquante ans plus tard l'AIEA considère que le savoir faire requis à cette fin est désormais à la portée de 40 pays ou plus. Son président, l'Égyptien El Baradei estime même que plusieurs de ces "latent weapons states" (potentiels porteurs d'armes) ont une certaine capacité dissuasive, s'ils sont déjà en possession de matière fissile. En fait, le passage à l'acte dépendra pour beaucoup d'entre eux de la conjoncture mondiale et régionale, ainsi que de leurs alliances éventuelles, y compris celles qui leur offrent le "parapluie nucléaire" d'une puissance jugée fiable à cet égard. La disposition d'un arsenal nucléaire adapté aux objectifs défensifs ou offensifs visés prend sa pleine signification quand l'État considéré dispose des vecteurs propres à conduire ses armes vers leurs cibles. La fragilité des flottes aériennes (sinon des drones) et le coût exorbitant des navires utilisables (notamment des sous-marins à propulsion nucléaire) font penser que le vecteur préféré restera le missile - d'autant que cette nouvelle artillerie peut aussi être employée avec des explosifs "conventionnels". En tout cas, la crainte principale des États-Unis concerne ce type de vecteurs, d'où le projet récurrent de bouclier anti-missiles dont ce pays rêve depuis Reagan. Un an après les attentats de septembre 2001 qui ont converti en armes majeures d'innocents Boeings capturés au coeur de l'hypothétique forteresse américaine, le président Bush a néanmoins décidé (décembre 2002) de commencer le déploiement du bouclier tant espéré, alors que les essais de destruction en vol de fusées balistiques ont tous échoué piteusement, fut-ce avec des cibles aux trajectoires préréglées et dépourvues de tout leurres protectifs. Même si de petits boucliers d'intérêt plus régional que mondial pourront acquérir quelque efficacité contre des fusées à courte portée 118, il est hautement vraisemblable qu'au cours des prochaines décennies aucun bouclier général ne pourra être dressé efficacement contre des tirs balistiques à très longue portée, d'où qu'ils proviennent. Cette conclusion vaudra pour toutes les puissances, mais pour le moment les États-Unis sont - semble-t-il - les seuls à s'enquérir d'un tel blindage de leur sol sacré - ou de ses installations principales.

En revanche, la prolifération des missiles sera inévitable. D'ailleurs elle est déjà commencée, au delà du cercle restreint des "vieilles" puissances nucléaires. Le Japon y travaille, satellites compris. La Chine s'y emploie puissamment. Les nouveaux venus d'Inde et du Pakistan s'activent de même, tout comme la Corée du nord et l'Iran qui n'attendent pas d'avoir expérimenté leurs éventuels engins. D'autres suivront vraisemblablement. Mais pour apprécier la situation qui s'établit de la sorte, il faut pouvoir juger à la fois des capacités des missiles (emport, portée et guidage) et de leur résistance thermique pour ceux dont la trajectoire sort de l'atmosphère terrestre avant d'y rentrer. La fusée fantasmatique qu'un zélote d'Al

118 Les annexes 11 et 12 de Civiliser les États-Unis (accessibles sur le présent site) résument les principales données sur les armements, nucléaires et autres, en ce début de 21è siècle.

http://www.uqac.ca//Classiques_des_sciences_sociales/contemporains/fossaert_robert/civiliser_les_États_Unis/civiliser_USA.html.

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