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Inventaire du 21e siècle - page 122 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).122

La Chine qui a le vent en poupe dans cette région s'efforce à la prudence. Elle verrait volontiers les Américains rentrer chez eux, mais elle craint que le corollaire soit une nucléarisation du Japon, nonobstant les contraintes pacifistes de la constitution dont les Américains l'ont doté jadis et le poids d'Hiroshima dans l'opinion nationale. Elle ne craint pas vraiment de "perdre" Taïwan et peut être patiente à son sujet, mais elle se prépare néanmoins à livrer bataille si besoin était. La réunification coréenne ne l'inquiète pas non plus, même si elle pourrait se solder par le mariage des ambitions nucléaires des deux Corées, car une petite force de frappe locale ne la gênerait pas plus que le nucléaire français ne perturbe les États- Unis. Reste la Russie, dolente et anémique, qui semble devenir pour un temps un fournisseur utile de fusées et d'autres équipements (sans compter le pétrole), mais qui pourrait un jour afficher derechef de gênantes ambitions propres. En tout cas, le temps n'est plus où Mao Zedong, privé de concours nucléaires par Khrouchtchev, se consolait en dénonçant l'arme atomique comme un "tigre de papier". La Chine agrandit sa ménagerie de tigres...

Il est vraisemblable que cette situation conduira, non sans crises et détours, vers une dissuasion réciproque de la Chine et des États-Unis, éventuellement compliquée par une alliance entre Japon et États-Unis. Un armement nucléaire coréen offrirait des marges de manœuvre en cas d'alliance Chine-Corée, risque qui se réduirait si une entente Chine-Russie, assortie d'engagements nucléaires réciproques, rendait superfétatoire l'armement nucléaire de la Corée. Ce jeu d'hypothèses pourrait aussi être simplifié, si un pacte de non-agression sino-américain, assorti de garanties de type OSCE et adossé, de part et d'autre, à une capacité suffisante de dissuasion nucléaire permettait de réduire les tensions régionales. Mais on peut douter que les États-Unis acceptent avant longtemps une telle perspective, comme on peut douter que la Chine se rallie à la conversion de tout le nord-est asiatique (ou d'un ensemble plus vaste) en une zone dénucléarisée 120 que les États-Unis pourraient envisager avec faveur. Arrêtons là ce jeu imaginaire que de multiples complications viendront nourrir à mesure que la Chine deviendra une puissance mondiale, car les États-Unis qui le sont déjà et le resteront longtemps devront, comme elle, intégrer dans leur stratégie globale l'Inde, l'Asie centrale et le Proche et Moyen-Orient. Les principales conclusions à retenir, ici, sont l'inéluctable accession de la Chine au rang de puissance nucléaire mondiale, l'établissement corrélatif d'une probable dissuasion réciproque avec les États-Unis (avant ou après une guerre impliquant ces deux pays et tout ou partie de leurs armements) et la disposition, autour de cet axe, de plusieurs dissuasions régionales.

Depuis 1990, tandis que les anciens combattants de la guerre froide mettaient en œuvre (en rechignant et avec quelques ruses) les réductions d'armements nucléaires et autres qu'ils ont fini par programmer, d'autres exemples

120 Les zones dénucléarisées qui existent aujourd'hui concernent l'Argentine et le Brésil (plus qu'à demi contraints par les États-Unis) à quoi s'ajoutent quelques États volontaires dont le zèle anti-nucléaire est d'ailleurs inégal (Afrique du sud et Nouvelle-Zélande).

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