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Inventaire du 21e siècle - page 126 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).126

(3) - Les guerres du 21e siècle

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Les guerres balkaniques des années 1990 n'auraient guère pu se déployer si la guerre froide avait encore été pleinement active.. Les guerres de l'Ouest africain, autour de la Sierra Leone et du Liberia ressemblaient sans doute encore aux déchirements ethniques ou tribaux dont l'Afrique décolonisée était devenue coutumière, mais les énormes guerres et massacres de la région des Grands Lacs avaient beau porter encore trace des rivalités anglo-françaises de naguère et des appétits manifestés par la France du côté des ex-colonies belges (et portugaises), mais déjà, elles se caractérisaient surtout par le déclin de l'interventionnisme britannique ou même français et par une forte hésitation américaine. L'Afrique est de plus en plus livrée à ses propres démons, ce que la Côte d'Ivoire illustre pleinement. Pauvre en États bien assis et riche de régimes autoritaires mal appareillés et rongés par un fort clientélisme ethnique, l'Afrique est depuis sa décolonisation un champ de batailles à l'ancienne, souvent entravées par des ingérences européennes. Que celles-ci faiblissent et l'un des États supposés exemplaires, comme la Cote d'Ivoire, se disloque à son tour. Partout, cette fragilité des États bricolés depuis les années 1960, dans les frontières artificielles figées par la décolonisation résulte de leurs contradictions internes. Elle est nourrie par la plus forte croissance démographique du monde entier et par un déficit industriel, scolaire et sanitaire que les éventuelles entreprises génératrices de royalties (pétrole, mines, forêts) aggravent plus qu'elles ne l'allègent.. L'avertissement prophétique de René Dumont - l'Afrique noire est mal partie - est, aujourd'hui, plus vrai encore qu'en 1964, même si quelques États assez nettement décolonisés commencent à y prendre une vigueur qui pourrait marquer l'avenir régional: l'Afrique du sud, assurément et peut-être le Nigeria, ou même le Kenya et le Sénégal. Des progrès étatiques beaucoup plus significatifs ont été acquis au Maghreb, y compris vers l'apaisement de leur vaines bisbilles, mais on est, là, dans une autre région du système mondial, pour laquelle l'avenir se joue plutôt avec le Proche et Moyen-Orient et avec l'Europe. L'Afrique qui mûrira par ses propres forces mettra - comme toutes les autres régions du monde avant elle - des siècles à s'agréger en zones cohérentes, au sein d'États durablement multiethniques et solidement appareillés - des siècles pour y parvenir, siècles qu'une lourde suite de guerres viendra scander - comme dans toutes les autres régions du monde. Pour échapper à cette fatalité historique, il faudrait que soit bâtie une force d'ingérence militaire durable et point trop dépendante des ex-puissances coloniales et de leurs compagnies économiques et financières. Le 21e siècle verra peut-être mûrir cet espoir, quand suffisamment de puissances, associées aux jeunes États africains un tant soit peu prometteurs cesseront de tolérer les massacres "à la rwandaise" entrecoupés d'interventions ponctuelles et précaires.

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