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Inventaire du 21e siècle - page 133 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).133

très juste titre, car elle a entretenu les allégeances tribales et la médiocrité, voire l'incurie, des gouvernants. Des exceptions existent, peut-être même s'étendent elles ? Mais les résultats globaux de cette cacophonie d'intérêts rivaux sont épouvantables. Le chaos des guerres, des États effondrés avant d'avoir trouvé leur assise, des populations massacrées, déplacées, affamées, privées d'espoir s'est élargi d'une décennie à l'autre. Les colonisateurs d'hier semblent envisager, enfin, de coordonner leurs ingérences, de les rendre plus pacifiantes et d'y mêler les États-Unis longtemps dédaigneux des "bourbiers africains". Les quelques États africains qui "existent" réellement pourraient du même coup se consolider tout en coopérant avec leur voisinage, sans se perdre dans les rêveries grandioses du panafricanisme. 128 Programme trop optimiste, sans doute, mais il faudra bien que des actions de ce genre soient entreprises, pour réduire peu à peu les zones de barbarie et de grande misère.

Les écologistes disposent de plusieurs des clés qui pourraient permettre d'entrer utilement dans la problématique africaine, en y entraînant beaucoup d'États non-africains et en mobilisant utilement l'appareillage onusien, afin que des ingérences (militaires, s'il le faut) viennent calmer les guerres à répétition dont l'Afrique est porteuse et laissent se développer longuement des interventions internationales de bon aloi, donnant peu de prises aux souverainetés intéressées de pouvoirs locaux trop faibles pour agir utilement. En somme, l'écologie pourrait prendre, de bonne foi, le leadership d'un interventionnisme ne dérivant pas vers quelque néocolonialisme.

Beau programme assurément, mais comment le mettre en œuvre ? La première clé est de s'en prendre à tout ce qui fait de l'Afrique le dépotoir des déchets industriels de la planète. Les États locaux n'ont pas la force d'empêcher cette évolution, ni la vertu de l'amorcer. Les États extérieurs ne s'en mêleront que sous la pression de fortes campagnes d'opinion. Des ONG d'autres persuasions que l'écologie pourraient conjuguer leurs exigences propres avec de telles actions comme avec leurs prolongements, s'agissant par exemple de l'adduction d'eau ou de diverses autres interventions sanitaires ou humanitaires. Et ainsi de suite: les visées écologiques ont le mérite politique d'émouvoir les opinions mieux que ne peuvent le faire les gouvernements, c'est-à-dire de façon plus continue et plus cohérente, car les interventions que leurs visées peuvent inspirer (ou coordonner avec celles d'autres ONG) requièrent toujours du temps et de l'espace. Le temps de mener à bien des actions lourdes, des gardiennages durables, des formations de multiples personnels locaux. L'espace qui déborde souvent des frontières étatiques héritées de la colonisation, pour s'étendre aux bassins fluviaux, aux massifs forestiers, aux contours littoraux et aux autres unités écologiques. Toute la question est de savoir, en somme, si les organisations écologiques pourraient avoir la persévérance requise pour se faire entendre, mais la prolongation des malheurs

128 Voir, pour plus de précisions les enquêtes récentes de Stephen Smith: Négrologie (2004) et Comment la France a perdu l'Afrique (2005), ouvrages publiés chez Calmann-Levy. Le second a pour co-auteur Antoine Glaser.

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