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Inventaire du 21e siècle - page 70 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).70

La bulle financière qui éclata au Japon, en 1997, s'était formée en quelques années par un alourdissement des prêts immobiliers et par l'utilisation répétée de programmes de relance visant à stimuler l'économie à grand renfort de travaux publics. La Banque centrale alimenta massivement le marché monétaire, mais les banques commerciales saturées de crédits improductifs mirent des années à se regrouper, à digérer leur énorme stock de créances douteuses et à étaler leurs pertes. Le diagnostic se résume ainsi: dans ce pays très développé, "le système bancaire n'avait pas encore adapté les formes modernes de contrôle prudentiel" (CF, p.89). Ledit système semblait solidement adossé à un volant considérable de dépôts (à vue et d'épargne), mais il n'avait pas suffisamment organisé le contrôle exercé sur les banques, pour leur imposer de prudents ratios relatifs au volume des crédits par entreprise, par branche économique, par durée, etc. Qui plus est, il répugnait aux traitements rigoureux pour cantonner, puis recouvrer les créances devenues douteuses, fut-ce en poursuivant les débiteurs jusqu'à la faillite.

La sagesse bancaire traditionnelle laisse à chaque banque le soin de limiter ses risques, sauf à redoubler ce contrôle interne par la surveillance d'une institution extérieure (interbancaire ou étatique). Encore faut-il mettre ce dispositif à jour, ce qui n'était pas le cas au Japon, pour les crédits immobiliers, pourtant bien connus en Europe et en Amérique. Au reste, dans ces dernières régions, où l'innovation ne cesse de créer de nouveaux "produits" bancaires, la modernisation des précautions est presque toujours en retard. Au début des années 1980, les ratios de couverture des risques ont été actualisés par la BRI 41, mais dès cette époque, les produits "dérivés" des crédits ont commencé de s'enfler de façon prodigieuse 42 en créant des engagements bancaires hypothétiques et futurs (qui multiplient par un facteur 100, puis 1000, etc.) les risques liés aux crédits ordinaires. Parallèlement, des réformes souvent initiées par les États-Unis ou l'Angleterre ont entraîné une déréglementation contagieuse. Les limitations légales qui séparaient, par exemple, les banques de dépôts des banques d'investissements ou qui cloisonnaient les activités de banque hors les domaines réservés à l'assurance, à l'immobilier, à la bourse, etc. ont été de plus en plus souvent abaissées, voire supprimées.

Déréglementation et sophistication ont créé de nouvelles catégories de risques que les banques inventives n'ont ni prévues, ni limitées, car leurs novations

41 La Banque des Relations Internationales (BRI) ne peut pas imposer des normes, mais seulement en conseiller le respect. Toutefois ses décisions prises par consensus des principales banques centrales ont une portée considérable, mais non générale. Quant aux ratios de couverture des risques (rénovés par la commission Cooke de 1982), ils se résument ainsi: chaque banque doit posséder des fonds propres (= capital + réserves) égaux à 8 % au moins des crédits qu'elle accorde.

42 Les produits dérivés permettent de corriger à la marge les caractères d'un prêt donné, en changeant soit sa durée, soit son échéancier, soit sa devise, etc. A cette fin, les banques vendent à d'autres banques ou à d'autres clients les titres complémentaires qui concrétisent ces rectifications. Puis sur cette base, elles bâtissent des pyramides d'engagements conditionnels et futurs (opérations à terme, etc.) de plus en plus complexes, si bien que ce futur aléatoire ne peut être couvert par les ratios Cooke. De nouveaux ratios s'appliqueront donc à partir de 2007, mais le consensus n'a pu s'établir à la BRI que sur l'utilisation par les banques de modèles prévisionnels aussi sophistiqués (s'il se peut) que le sont leurs produits dérivés eux-mêmes, afin de leur appliquer prudemment en ratios de couverture des risques.

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