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Inventaire du 21e siècle - page 72 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).72

relèvent généralement de groupes bancaires géants. Le fait que certains de leurs agents aient un statut d'officier ministériel ou de commerçant indépendant ne les empêche pas de devenir des électrons peu libres gravitant autour de ces groupes au sein desquels des directions (et des filiales) spécialisées s'occupent "de tout": elles préparent les fusions de firmes qui veulent se rapprocher ou y sont contraintes par une OPA réussie 45; elles préparent, réalisent et garantissent des augmentations de capital; elles font absorber les émissions ainsi "garanties" par leurs filiales, gestionnaires de "fonds de placement" ou par d'autres ventes dans leur clientèle, y compris les compagnies d'assurances affiliées au même groupe; et ainsi de suite, tant ces quelques exemples simplifiés dissimulent d'innovations bancaires.

Parmi celles-ci, deux voies royales ont été ouvertes au cours des dernières décennies. L'une est celle des filiales off shore 46 qui fleurissent depuis qu'en 1975, les États-Unis ont adapté leur législation bancaire à la prolifération des "eurodollars" prêtés par des banques centrales valorisant leurs réserves en devises et des "pétrodollars" collectés par des banques commerciales après les chocs pétroliers de 1973-75. L'autre est l'évolution des techniques bancaires de refinancement des crédits, la financiarisation se substituant à l'intermédiation. Traduction: les banques servaient d'intermédiaires entre déposants et emprunteurs, mais elles en sont venues à offrir de plus en plus de titres d'épargne à leurs déposants, si bien qu'elles ont consolidé des pans entiers de leurs crédits, sous forme de bons ou d'obligations offertes sur les "marchés" - ce qui, soit noté au passage, leur permet de transférer aux souscripteurs desdits bons et obligations les risques afférents aux crédits.

Je pourrais reprendre mot à mot les alinéas précédents pour pointer sans arrêt les commissions de ceci ou de cela, tant chaque étape fait lever leur moisson. D'où ce péril essentiel: comment un groupe bancaire peut-il conseiller de façon indépendante les clients à la recherche d'augmentations de capital ou d'éventuelles fusions, si les opérations boursières qui s'ensuivront seront gérées par les soins d'une autre de ses filiales? comment peut-il informer sagement ses clients-épargnants alors qu'il a tant de titres "faits maison" à placer? comment ses cadres dirigeants peuvent-ils siéger au conseil d'administration des firmes concernées par tout ceci sans y soigner les intérêts de leur groupe bancaire? Et ainsi de suite: la déréglementation a mis les bourses à la merci des banques, la sophistication a permis à ces dernières de s'infiltrer partout, les paradis off shore leur permettent de dissimuler ceux de leurs actes qui ne sont pas tout-à-fait permis (ou qui sont clairement prohibés) par les lois , cette analyse a été quelque peu schématisée pour dissiper les brumes bancaro-boursières, mais il est de moins en moins d'exceptions importantes, hormis celles qu'offrent les pays "archaïques" où la "modernisation"

45 OPA: offre publique d'achat; connaît diverses variantes selon que le prix offert est en espèces ou, plus souvent, en échange de titres, augmentation de capital, etc.

46 Off shore veut dire loin du rivage et désigne des sociétés juridiquement installées au loin, dans quelque "paradis bancaire", même si ces appendices sont gérés directement par la maison-mère, à grand renfort d'informatique délocalisante.

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