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Inventaire du 21e siècle - page 75 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).75

ou mal surveillées et avares de statistiques 48. Le FMI a bien entrepris, depuis 2000, une évaluation (assessment) de 39 des 42 États et territoires qui abritent des institutions financières off shore, c'est-à-dire non soumises à la supervision d'une vraie banque centrale, mais ce premier repérage des "forces et faiblesses" desdites places, est demeuré confidentiel et n'a rien changé, car les transactions bancaires internationales ne sont soumises à aucun contrôle spécifique. L'off shore, c'est le grand large bancaire.

La BRI (cf. note 4) recense, certes, ce que les banques lui déclarent de leurs opérations internationales et, depuis peu, la multiplication des crises financières l'a incitée à coopérer avec l'OCDE, le FMI et la Banque mondiale pour rabouter leurs statistiques respectives afin de rendre plus visibles les dettes et les créances des divers pays, qu'elles soient privées (bancaires, boursières et autres) ou publiques (bilatérales ou multilatérales). Bilatérales, si un seul État prêteur est en cause (y compris ses agences financières propres); multilatérales, si plusieurs États sont simultanément concernés, ce qui est notamment le cas des financement procurés par les banques publiques internationales que sont le FMI, la Banque Mondiale et diverses autres banques plus spécialisées, par continent par exemple.

Or les statistiques ainsi interconnectées, non sans retard, ne sont assorties d'aucun signal d'alarme. Le public et les banques peuvent les consulter, mais la BRI (et ses co-statisticiens) n'ont pas pour mission de mettre en garde les banques commerciales, ni a fortiori de sanctionner leur négligence. En bonne doctrine, la BRI et ses consorts craignent que la publicité du risque desserve les monnaies concernées et précipite les crises. En fait, le FMI et la Banque Mondiale ne sont pas des prêteurs en dernier ressort, comme l'est chaque banque centrale dans son pays où elle a charge d'assurer la liquidité des banques commerciales. Elles ne pratiquent pas la prévention, mais seulement le sauvetage, à leur manière. De ce fait, la dette des pays frappés par les crises tend à s'enfler dramatiquement, les prêts de sauvetage étant généralement plus onéreux et de plus longue durée que ceux qu'ils remplacent. Comme, en outre, les crises tarissent les ressources du FMI et des autres prêteurs "multilatéraux", d'onéreux renforts doivent être sollicités par ces institutions auprès des banques commerciales, le tout s'accompagnant de contraintes éprouvantes pour l'économie et le budget des pays "aidés". À creuser plus avant, on découvrirait également que la déréglementation bancaire multiplie les financements à court terme vers les pays malades, dès que ceux-ci reprennent quelques couleurs, ce qui les expose à de graves rechutes, tandis que la sophistication des "produits" bancaires enrichit la gamme des risques encourus par les pays emprunteurs aux économies mal ou peu développées. La liste des États condamnés à une dette irremboursable, c'est-à-dire éternelle, s'allonge d'autant, notamment en Afrique et dans plusieurs secteurs de l'Amérique latine. De fait, la banque internationale crée et entretient la dette dont elle se nourrit.

48 La criminalité banale (drogue, par exemple) et les turpitudes étatiques (ventes d'armes, transferts occultes, services secrets, etc.) voisinent avec les transactions bancaires ou commerciales les plus "honnêtes", sur ces places discrètes et à peu près défiscalisées.

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