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Inventaire du 21e siècle - page 79 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).79

d'ailleurs très variable selon le volume des transferts et selon les pays concernés 52. La mésaventure de l'Institut Européen qui a préparé sous la direction de Duisenberg le passage des monnaies nationales au commun euro est éclairante à cet égard, car cet ancien dirigeant de la banque centrale néerlandaise, devenu le premier président de la BCE (Banque Centrale Européenne) n'a pas réussi à faire harmoniser les délais et les coûts des systèmes de paiements intra-européens, même après la mise en service de l'euro. Sans doute faudra-t-il encore beaucoup de temps pour que disparaissent ces différences nationales persistantes - génératrices de copieuses commissions bancaires. Il en va de même, mutatis mutandis, pour les transferts de valeurs boursières, de nantissements et d'autres titres de crédit pour lesquels des contrôles plus complexes que pour les transferts monétaires allongent les précédents "délais de route" et accroissent les coûts. En Europe comme dans le reste des transactions internationales, on pourrait croire que les banques et les bourses ignorent les commodités de l'informatique et des autres télécommunications, mais on doit aussi s'interroger sur l'autorité respective des pouvoirs d'État et des autorités financières.

S'agissant des besoins de crédit des petites entreprises, d'autres anomalies se rencontrent. On peut en effet écrire une histoire de la "banque moderne" en repérant les catégories d'entreprises que les "vraies banques" ont dédaignées, mais qui ont servi de soubassements à de nouvelles catégories de banques: l'artisanat, la paysannerie, le petit commerce, les prestataires de nouveaux services et certaines au moins des professions libérales, etc.

Aujourd'hui encore, le front sur lequel la bancarisation progresse, d'un pays à l'autre, est délimité par ce genre de mépris qui s'étale du micro-crédit à l'indienne (et, un peu, à l'africaine) au bec fin devant les entreprises-qui-se-créent. Dans tous les pays "bancairement développés" des agences et des institutions philanthropiques ou étatiques aident au démarrage de nouvelles entreprises qui, le succès aidant, gravissent peu à peu l'échelle des risques. Mais les banques rechignent à s'occuper de celles qui s'activent dans des domaines qu'elles ignorent .(activités nouvelles, recherche appliquée, services encore inhabituels, etc.). On doit constater qu'un soutien public est souvent requis avant que les "fonds à risques" interviennent pour conduire une part suffisante de leurs "protégés" vers quelque NASDAQ 53.

Ces divers exemples permettent d'apercevoir les deux butoirs auxquels se heurte la modernisation du service bancaire aux particuliers et aux familles comme aux entreprises naissantes ou de courte portée. D'une part, la banque ne s'intéresse

52 Un autre exemple intéressant est celui des banques nord-américaines, largement représentées en Amérique latine, qui enragent de ne capter qu'un faible fraction des transferts effectués par les immigrés latinos à destination de leurs familles restées au pays. Les services inofficiels de familiers et autres agents non-bancaires sont beaucoup moins onéreux, sans compter les menus trafics qui peuvent se greffer sur ces services entre companeros.

53 En effet, cette bourse new-yorkaise s'est fait une spécialité de coter les "nouveaux risques" prometteurs.

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