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Inventaire du 21e siècle - page 84 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).84

énorme - j'y reviendrai - souhaitent désormais que le yuan se décroche du $, afin de se surévaluer plus ou moins, donc de perdre de sa compétitivité sur le marché américain. La Chine qui ne peut y être contrainte, mais vient néanmoins de choisir un autre accrochage, en remplaçant le $ par un panier de devises proportionnées à ses débouchés commerciaux et en réévaluant sa monnaie d'environ 2 % (juillet 2005)..En réalité, la Chine vise à gagner du temps, d'une part pour nettoyer son système bancaire qui est encombré de créances irrécouvrables sur la vieille industrie lourde et, d'autre part, pour affermir sa base économique qui croît vite, mais non sans déséquilibres. Donc, il est vraisemblable que le souhait américain (de portée d'ailleurs très douteuse) restera lettre morte quelques années encore. On peut même penser qu'au terme de cette transition prolongée, la Chine ne s'adonnera pas à une convertibilité monétaire illimitée, pas plus qu'elle ne s'ouvrira inconditionnellement à une bancarisation à l'américaine, car elle n'entend pas perdre sa souveraineté monétaire au bénéfice d'un marché ouvert à tous vents.

On le voit par cet exemple, la monnaie n'est pas un outil diaphane dans les relations internationales. Elle est un indicateur de puissance, non seulement pour les États-Unis et la Chine, mais aussi pour le Japon et les États européens, noyés ou non dans l'euro, comme l'attestent les nostalgies récurrentes du deutschemark, du florin et d'autres monnaies 60 ou les réticences persistantes de la Grande-Bretagne et de la Suède à entrer dans l'euro. Et ainsi de suite: le Brésil est peut être la seule puissance importante du monde actuel qui n'ait pas les moyens de faire de sa monnaie un étendard, tant il lui a fallu la renouveler souvent, d'une crise inflationniste à l'autre, au cours des dernières décennies. Symbole de puissance, la monnaie est aussi un objet exposé aux amples spéculations d'un "marché". Les exemples les plus actuels (juin 2005) semblent être ceux du rouble et du dirham marocain, mais à vrai dire, toutes les monnaies, jusqu'au dollar américain ont été chahutées depuis l'agonie des accords de Bretton-Woods (1971-75). Toutes, encore que les moins agitées aient été les monnaies abritées du "marché" ou, à tout le moins, de ses tempêtes spéculatives: on retrouvera leur cas plus loin

Les monnaies fragilisées par des contre-performances économiques ou par des spéculations obstinées font parfois l'objet de solutions à la Gribouille. 61 Tel fut le cas de l'Argentine, pays qui n'a jamais retrouvé sa position éminente des débuts du 20e siècle 62 et qui jugea opportun, vers la fin de ce siècle, d'égaler son peso à un $, afin d'attirer de nouveaux capitaux. En peu d'années, cette égalité factice se solda par une crise (2001) quand les épargnants argentins découvrirent que leurs comptes en pesos n'avaient pas cette valeur, car la banque centrale ne disposait plus des dollars requis, faute de performances commerciales et financières suffisantes du pays. La dollarisation d'un pays n'a jamais réussi, si ce n'est dans un État minuscule comme Panama qui est lié aux États-Unis comme le gui au chêne.

60 Sans oublier l'acharnement de Paris à défendre ses CFA (francs collectifs africains).

61 Personnage légendaire qui se jeta dans un fossé pour se protéger de la pluie.

62 Voir latam1, référencé par la note 51..

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