X hits on this document

Word document

Inventaire du 21e siècle - page 85 / 134

249 views

0 shares

0 downloads

0 comments

85 / 134

Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).85

La création de l'euro a ouvert une tout autre aventure. Quand onze monnaies européennes 63 s'y sont fondues, plusieurs décennies de Systèmes Monétaires Européens les avaient accoutumées - non sans crises - aux entraides et aux disciplines requises par la solidarisation de monnaies distinctes. En outre, tous les pays concernés étaient membres, de plus ou moins longue date, d'une CEE peu à peu convertie en Union Européenne (UE). Donc l'entreprise a pu être engagée, sans d'ailleurs entraîner d'entrée de jeu tous les États membres de l'UE et l'euro a pu s'affirmer comme une grande monnaie mondiale. Ses premières années de fonctionnement qui ont vu la parité entre € et $ osciller amplement n'ont nullement affecté sa crédibilité, mais il reste à franchir une étape décisive: si les États porteurs de cette monnaie commune continuent de peser décisivement dans l'UE et s'ils font mûrir les pouvoirs de cette Union autant que la situation internationale le rendra nécessaire, l'euro persévèrera. Déjà, l'unité organique des États européens au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) va pleinement en ce sens, mais il se pourrait que des progrès analogues soient requis en matière financière (FMI et Banque Mondiale) et en d'autres domaines - militaires et diplomatiques, notamment - pour que les États engagés dans l'euro puissent répondre avec une suffisante unité aux crises internationales les plus diverses. Or ce point n'est pas encore solidement acquis, si bien qu'une fissuration de la partie de l'Union Européenne qui est engagée dans l'euro pourrait faire avorter cette expérience. Mais à l'inverse, il se pourrait qu'un succès persistant de l'euro suscite des tentatives analogues dans plusieurs régions d'un monde où, semble-t-il, le nombre des monnaies est appelé à décroître.

Le FMI, éleveur de dette ?

Les mouvements internationaux de capitaux vers les pays en voie de développement ont d’abord pris la forme d'aides ou de prêts publics à long terme, en provenance d'institutions multilatérales à statut public ou d'États finançant leurs ex-colonies à l'aide de caisses publiques ad hoc64 Puis, comme on l'a noté, les banques se sont tournées vers ces pays quand leurs collectes de $ off shore les ont incitées à rechercher de nouveaux emplois. La déréglementation a élargi leurs marges d'action, mais les fluctuations provoquées par de multiples crises financières depuis les années 1980 ont parfois freiné leurs élans vers les pays troublés. Toutefois l'ampleur des spreads 65 qui abondaient la rentabilité des prêts exotiques a toujours fini par apaiser leurs craintes et relancer leurs offres de prêts ou de bonds 66. Dans les pays en développement les plus prometteurs à long terme

63 Onze monnaies pour douze États, car le Luxembourg, lié à la Belgique par une précédente Union monétaire, utilisait le franc belge comme devise courante.

64 A la fin des années 1970, les "Accords de Lomé" passés entre la Communauté Européenne (CEE) et une soixantaine de pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique donna une forme coopérative - d'allure moins néo-colonialiste - à cette aide, peu après l'entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE.

65 Les spreads sont les marges supplémentaires que les banques se font payer, loin de leur pays d'origine. Leur niveau varie selon leur estimation du risque pays auquel elles s'exposent.

66 Les bonds sont les sortes d'obligations que les banques créent en passant de l'intermédiation à la financiarisation.

Document info
Document views249
Page views249
Page last viewedSat Dec 03 00:30:24 UTC 2016
Pages134
Paragraphs1453
Words56761

Comments