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Inventaire du 21e siècle - page 87 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).87

est exposé à des risques de banqueroute. Stiglitz 68. ajoute ces dégâts ceux dont souffre l'appareil bancaire indigène qu'une modernisation (bientôt contrainte par "l'aide" du FMI) transforme en déroute. Les dégâts causés par le traitement de la soi-disant "crise asiatique" n'ont pas touché que l'Indonésie. En ce pays, comme à Taïwan et en Corée, le système bancaire qui avait sous-tendu les hautes performances locales a été cassé pour faire place à une banque "moderne". En effet ces performances reposaient sur une transformation massive de dépôts à vue (ou d'épargne très liquide) en investissements productifs, par le biais de prêts à très long terme, garantis par l'État 69. En France, un système analogue a permis le financement de toutes les constructions HLM et d'une grande partie des Équipements des Collectivités locales, avant que cette dernière mission soit autonomisée dans une banque, bientôt cotée en bourse. Au reste, les bourses d'Asie orientale n'ont pas permis une levée de capitaux aussi substantielle: une machine à produire du capital investissable a été relayée par l'arrivée plus massive des banques occidentales.

Les auteurs de l'excellent rapport sur les Crises Financières signalent à juste titre qu'il n'y a pas de lien automatique entre libéralisation financière et croissance (CF, p.132). Néanmoins, cette libéralisation est devenue le credo, baptisé Consensus de Washington 70, depuis que le FMI est lui-même devenu le porte-bannière de la grande banque commerciale de New-York et d'ailleurs.

La conversion du FMI en sauveteur des pays frappés par une crise financière s'est affirmée entre la "crise sud-américaine" des années 1980 et la crise asiatique des années 1990. Auparavant, les arrangements négociés entre les pays affligés et le FMI étaient plus subtils et requéraient de moindres concours. A partir de 1975, sous la direction du Hollandais Witeveen, le FMI sût même créer une "facilité pétrolière" pour venir aisément au secours des nombreux pays gênés par les hausses pétrolières de 1973-75. Vers cette époque également, il ouvrit à tous ses membres des "droits de tirage spéciaux" (DTS ou, en anglais SDR) dont plusieurs distributions, au prorata des quotas de chaque pays dans le

68 Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'Économie fut l'un des conseillers économiques de Clinton à partir de 1993, puis il devint vice-président de la Banque Mondiale en 1997, poste dont il démissionna en 2000. Ses réflexions sur cette expérience sont détaillées dans Globalization and its discontents (W.W. Norton, 2002)- trad. française, La grande désillusion, Fayard, 2002. Hostile au "fanatisme du marché" (p. 61), Stiglitz rappelle avec une sévérité justifiée, la scène, diffusée par maintes télévisions, où Camdessus, alors Directeur Général du FMI, fait signer à Suharto, président de l'Indonésie, la "lettre d'engagement" envers le FMI que les services du Fonds avaient rédigée. Sans éprouver aucune sympathie pour Suharto qui fut un chef massacreur éclipsant les mérites de Pinochet, je partage pleinement le jugement de Stiglitz, pour avoir vu Camdessus, alors Directeur du Trésor, en France, servir avec zèle son Ministre (Delors) aussi opposé que lui aux nationalisations bancaires décidées en 1982 qu'ils avaient, tous deux, mission de piloter. Voir mon récit à ce propos dans La nationalisation des chrysanthèmes, Paris, 1985, téléchargeable sur www.uqac.ca/Classiques des sciences sociales.

69 Voir The Asian Crisis: the High Debt Model vs. the Wall Street-Treasury-IMF Complex par Robert Wade et Frank Veneroso, mars 1998, sur le site de la Russell Sage Foundation. Plus général, le chapitre de Stiglitz sur la crise asiatique (op.cit. pp.127-179)complète cette étude.

70 La critique du Consensus par Stiglitz est d'une juste sévérité (op. cit., p.109).

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