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Inventaire du 21e siècle - page 90 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).90

aucunement les co-prêteurs associés à chaque nouveau train de "sauvetage".

Effacer la dette ?

Ainsi, depuis des années, le FMI est à la fois un prêteur et un ramasse-crédits. Sa petite locomotive entraîne de lourds wagons fournis notamment par les grandes banques de New-York et d'ailleurs, lesquelles souffriraient de lourdes pertes si les pays en crise n'étaient pas "aidés". Étant bien entendu que leurs nouveaux crédits sont - toutes choses égales par ailleurs - plus chers que ceux qu'ils remplacent. Les convois du FMI sont poussés par les lourds wagons qu'il entraîne. Le drapeau d'une institution internationale pare d'énormes intérêts privés et produit cet "aléa moral" (moral hazard) dont les pays endettés et les économistes non aveuglés par le "consensus de Washington" s'inquiètent de plus en plus. En effet, les sauvetages agencés par le FMI garantissent aux prêteurs, qu'ils soient spéculateurs à court terme ou banquiers attentifs aux spreads qui couvrent leurs risques-pays, que toute perte leur sera évitée. Wolfensohn qui présida la Banque Mondiale de 1995 à 2005 exprima plusieurs fois son indignation devant ces banques commerciales qui perçoivent d'énormes intérêts, mais ne constituent aucune provision pour risque et ne sélectionnent pas leurs emprunteurs avec la rigueur requise d'un banquier, mais il plaida vainement ou presque. Son successeur, Wolfowitz, fera-t-il mieux?

De son côté, le FMI a commencé à réfléchir quelque peu. Le rapport de décembre 2003 préparé par son Policy Development and Review Department 73 montre que le "consensus de Washington" se démode, mais ne formule pas encore de solutions. Les émules européens du FMI ne sont pas plus encourageants. Le premier, le Club de Paris qui rassemble les représentant des États ayant accordé des crédits publics à d'autres États (ex-colonies ou partenaires commerciaux) se réunit chaque fois qu'un débiteur est défaillant, mais sa réaction est, en général, de reporter les échéances ignorées, quitte à les réduire quelque peu. Sa dernière décision importante, prise sous pression américaine, a néanmoins été d'effacer environ 60 % des dettes irakiennes. Le second Club est celui de Londres où s'assemblent les banquiers créanciers des mêmes États, pour réorganiser les dettes commerciales de ces derniers. Ses solutions sont analogues à celles du Club précédent, mais de façon moins généreuse, car les banques ont des actionnaires, là où les États n'ont que des contribuables...

On le voit par ces deux exemples, les dettes internationales impayées ont un coût difficile à avaler par les prêteurs. Il en va de même pour le FMI et ses co-prêteurs, avec cette circonstance aggravante qu'il s'agit de dettes multilatérales. Cas par cas, le débiteur en crise est un pays singulier, qu'il s'agisse de dettes contractées par l'État lui-même ou par des entreprises dont il est le propriétaire ou le garant ou même par des emprunteurs privés rendus insolvables faute de devises dans les réserves de la banque centrale. Mais ce faisceau de débiteurs relevant

73 Ce rapport est intitulé Trade Finance in Financial Crisis: Assessment of Key Issues, mais n'est encore qu'un document de travail qui, d'ailleurs, est loin de couvrir toute "l'aide" fournie par le FMI.

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