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Inventaire du 21e siècle - page 94 / 134

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Robert Fossaert, Inventaire du 21e siècle. Tome 2 (2005).94

et 2003, tant par l'effet de crédits à long terme, que par celui des crédits à court terme et des bonds 80 Ces deux dernières catégories sont les plus inquiétantes parce qu'elles sont très sensibles aux fluctuations à court terme des paramètres locaux (taux de change, taux d'intérêt, climat des affaires, etc.). Elles représentaient à peine 5 % de la dette totale vingt ans plus tôt, mais atteignaient déjà les 20% en 1993 et elles ont dépassé les 40 % en 2003 (dernière année évaluée par le FMI) 81 Ainsi les "Investissements directs de l'étranger" (FDI) dont le FMI fait grand cas - et les banques plus encore - sont majoritairement formés de hot money, c'est-à-dire de capitaux volatils, prompts à la course vers les hauts spreads, mais aussi prompts à la fuite dès que le vent menace de tourner. Leur fuite ne peut être gênée que par l'épuisement des réserves en devises (crise qui mobilise le FMI "prêteur"), ou par un blocage décidé par l'État local (scandaleuse entrave à la liberté bancaire) ou, enfin, par une variante atténuée et préventive d'un tel blocage.

Cette dernière formule a été efficacement pratiquée par le Chili au cours des années 1990. Il a soumis les entrées de capitaux à court terme à la mise en réserve obligatoire (à la banque centrale) de 20% de leur montant, taux porté exceptionnellement à 30 % au début des années 1990, puis réduit progressivement par la suite, jusqu'à disparaître totalement quand cette protection est devenue inutile. Pendant la crise "asiatique" de 1995, la Malaisie a, elle aussi, pratiqué - selon une autre formule - une limitation de la mobilité internationale des capitaux, sélectivement tournée contre les spéculations à court terme. Le rapport CF distingue parmi les formules pratiquées par divers pays, la taxation des entrées de capitaux, comme au Chili (Brésil, Colombie, etc.), les restrictions quantitatives comme celles de Malaisie (en Tchéquie, notamment) et, enfin, les obligations prudentielles (Philippines, Thaïlande, etc.). Il discute leurs mérites et défauts respectifs (CF p.191 sq.), mais son orientation générale n'est pas douteuse: un contrôle sélectif des mouvements de capitaux à court terme est d'utilité publique nationale et mondiale, car il s'attaque à une source de crises potentiellement contagieuses.

Les banques désapprouvent évidemment toutes les mesures qui restreindraient leur libre commerce et les fidèles du "Consensus de Washington" crient au scandale. Mais, de crise en crise, l'idée que la hot money doit être encagée progresse de plus en plus, d'autant qu'elle dépend principalement de décisions locales, à prendre par les États concernés, sauf à les défendre contre les réactions mal venues du monde bancaire - et de ses appuis politiques. En revanche, l'idée de soumettre tous les transferts internationaux de capitaux à une taxe uniforme ou progressive - qui est la variante simplifiée d'une ancienne proposition de Tobin - doit être abandonnée, car elle requiert un accord international qui, s'il pouvait être acquis, serait plus utile en embrassant de plus vastes réformes, du FMI notamment. Quant à l'idée connexe, d'utiliser une taxe Tobin pour financer une aide au pays "sous-développés", elle doit être rejetée sans hésitation, car elle associe deux

80 Lesquels, je le rappelle, résultent de la "financiarisation" de crédits bancaires.

81 Voir Complex (op.cit).

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